Déclaration finale du forum pour un antiracisme politique

La Fondation Frantz Fanon a lancé cet appel, en association avec l’ATMF, la BAN, BLM Nantes, le Collectif Féministes pour l’Égalité, les Comités Vérité et Justice, la Maison de l’Afrique Nantes, le PIR et l’UJFP, présenté lors de la séance de clôture de l’Université des Mouvements sociaux et des Solidarités, Nantes du 24 au 28 août 2021. Présenté lors du Forum pour un Antiracisme politique, le 27/08, il visait d’une part, à poser la relation entre racisme racialisant/capitalisme/colonialité du pouvoir comme éléments structurants du modèle colonial de la société dans lequel nous évoluons depuis que la Modernité euro-centrée s’est imposée comme modèle indépassable et d’autre part, à engager l’ensemble des mouvements sociaux à s’associer pleinement dans la lutte contre le racisme structurel tout en acceptant que les victimes décident, de manière autonome, des conditions politiques de leur engagement et de celles de la solidarité appuyant ce combat. 

Université d’été des mouvements sociaux et de la solidarité – Nantes 2021

On ne peut plus prétendre que la politique de la race, élément constitutif du pouvoir des sociétés capitalistes blanches, n’existe pas et n’a pas d’innombrables conséquences pour toutes les personnes afro-descendantes et africaines. Elle a non seulement mobilisé l’ensemble des disciplines scientifiques mais elle a imposé à l’ensemble du monde la référence à la Modernité euro-centrée au point de nier, voire de détruire l’apport ou la référence à toute autre culture.

Utilisée pour la colonisation du monde, elle s’est traduite par l’extermination des Indigènes des Amériques et de la Caraïbe, par la traite négrière transatlantique, la mise en esclavage de plus de 12 millions d’Africains et par la pérennisation d’un système organisé autour du pillage des ressources naturelles et du vol des terres acquises par le crime dont le meurtre et le vol systématiques. Ainsi ont été posées les premières pierres du capitalisme, et de la mondialisation et de la colonialité de l’Être.

Actuellement, l’ordre mondial capitaliste libéral est encore traversé par ces mêmes structures coloniales du pouvoir, que l’on retrouve aussi bien dans les relations internationales de domination néo coloniale et impérialiste que dans la gestion des corps noirs et arabes, mais aussi des personnes tsiganes et asiatiques et de tous ceux qui vivent dans des quartiers de relégation raciale et sociale.

Le racisme structurel fait partie intégrante du système capitaliste ; il est au fondement même de la prospérité relative de sociétés occidentales construites sur un rapport colonial et impérialiste.

Ainsi, le racisme structurel, devenu une norme impensée, rend invisibles et silencées les personnes racialisées et racisées. Elles sont davantage exploitées, victimes de négrophobie, d’islamophobie, considérées ennemis de l’intérieur, criminalisées et soumises à un droit d’exception.

Notonsque les racisés n’ont pas attendu la modernité pour se révolter (rappelons le marronnage et la république d’Haïti, mais aussi toutes les luttes d’indépendance…). Mais c’est grâce à leurs luttes récentes et généralisées dans les métropoles capitalistes notamment, qu’a pu être mis en lumière le caractère structurel du racisme structurel contre lequel les bons sentiments du racisme moral, souvent empreints de paternalisme et de colonialité, ne peuvent rien, si ce n’est déposséder les corps racialisés et racisés.

Leur lutte a fait entrer dans l’espace public l’impérieuse nécessité de la poser en termes d’antiracisme politique porté par les racialisés eux-mêmes; c’est dans cet espace d’autonomie et d’émancipation que doit s’exprimer la solidarité politique de tous ceux qui sont ou qui veulent être aux côtés des racialisés: les anticapitalistes, les syndicats, les partis, l’ensemble des mouvements sociaux qu’ils soient locaux ou internationaux.

Cette lutte ne peut se mener sans celle contre les politiques capitalistes libérales ; continuer à mener des luttes contre le racisme, détachées de la critique des mécanismes de l’exploitation capitaliste et inversement, participe à la perpétuation du racisme structurel. On ne peut dénoncer l’un sans dénoncer l’autre.

Le forum pour un antiracisme politique appelle toutes celles et ceux qui luttent contre le capitalisme et contre le racisme quelque soient ses manifestations mortifères à dénoncer et à combattre, en agissant de manière systématique, l’ensemble des politiques mises en place par la colonialité du

pouvoir dont une des armes est le racisme structurel mis en œuvre dans les politiques économiques, sociales, culturelles et environnementales.

Le forum pour un antiracisme politique appelle à :

· se mobiliser pour un processus politique des réparations dues en raison des crimes contre l’humanité et de génocide initiés à partir de 1492, du pillage des ressources naturelles, et du vol des terres

· se mobiliser pour une réelle refonte de la politique foncière, entre autres dans les actuelles colonies françaises et pour mettre fin à l’urbanisme néocolonial qui ghettoïse des immigrés et leurs descendants.

Le Forum pour un Antiracisme Politique appelle à la condamnation du contrôle impérialiste des frontières se traduisant par l’assassinat programmé de dizaines de milliers de migrants. Il dénonce les politiques systématiques et planifiées d’externalisation de l’Union Européenne dans les pays du sud qui sont responsables de crimes contre l’humanité, voire de génocide et qui appellent une réaction unanime et déterminée.

À ce prix seulement cesseront les pratiques du racisme d’État : les violences policières, la relégation des corps racialisés dans les zones périphériques du pouvoir, les discriminations racistes institutionnelles, les politiques meurtrières à l’égard des migrants. Ce n’est que tous ensemble que pourra être imposé un rapport de forces qui mettra fin à un système structuré par le racisme racialisant et le capitalisme.

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