20 ans après Durban: Africains et Afro-descendants colonisés ou émancipés?

English version below

À l’issue de la conférence de Durban -2001-, la communauté internationale, de nombreuses ONGs, des mouvements sociaux et des membres de ce qu’il est convenu, dans les couloirs onusiens, de nommer « société civile », ont souscrit aux termes de la Déclaration de Durban et de son Programme d’Action, même si certains Etats occidentaux avaient quitté, avec fracas, la conférence après avoir instrumentalisé, honteusement, l’antisémitisme supposé de l’ensemble des participants. Antisémitisme venant délivrer, à point nommé, les Etats coloniaux qui refusaient que soit discutée plus avant la question des Réparations portée par nombre d’Etats africains et qui aurait dû permettre de clore la séquence concernant l’impunité dont ont bénéficié tous ceux qui ont commis ou laissé se commettre, au nom de la Modernité et de la suprématie blanche, des crimes contre l’humanité et de génocide.

La colonialité du pouvoir s’est alors exprimée dans ses aspects les plus infâmes pour museler une voix qui avait enfin compris qu’après 3 décennies contre le racisme ; il lui fallait aussi pérenniser  l’invisibilisation et rendre muettes les victimes de la négrophobie et de l’islamophobie, ou tout du moins leur laisser une parole circonscrite par le périmètre des droits humains tels que pensés par cette colonialité du pouvoir qui définit celle des Êtres. Non contents d’avoir plus ou moins réussi leur tentative, ces mêmes Etats ont réitéré leur opposition aux 20 ans de la Conférence de Durban, célébrés à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 22 septembre, au prétexte que, selon un représentant des Etats, lors du débat général pour le Forum international, Durban, 2001 et son processus sont ‘toxiques’.

Il est bien question des réparations liées à la traite négrière transatlantique, à la mise en esclavage, à la colonisation et au colonialisme qui a suivi la catastrophe humaine tant sur le plan métaphysique de démographique inaugurée par les Découvertes.

On parle d’une entreprise qui a déplacé, pendant plus de 4 siècles, plus de 12 millions de personnes et s’est jouée sur 4 continents. Entreprise coloniale qui a assuré la pérennisation du modèle euro-centré; qui a conclu à la suprématie des corps blancs sur les corps noirs et arabes ; qui a vendu et mis en esclavage les corps noirs, considérés comme des biens meuble, en raison de la couleur de leur peau et les indigènes pour leur supposé manque d’âme.

Ce procédé a structuré profondément le système capitaliste prédateur en lui permettant de s’enrichir sur l’exploitation, sans limite, de millions et de millions de personnes privées de leur humanité et de leur dignité, mais aussi sur le vol des terres et le pillage des ressources naturelles des Amériques et des Caraïbes qui ont permis « le bien-être et le progrès de l’Europe (…) bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l’oublier ».[1]

Ces crimes continuent d’être la marque de la majorité des Etats anciennement colonisateurs et esclavagistes ; peu importe que certains affirment le contraire, fassent quelques excuses ou se déclarent prêts à rendre quelques objets d’art volés. La façon dont sont traités les migrants marque la permanence des éléments de la colonialité du pouvoir qui a gouverné le pouvoir blanc dans sa décision de hiérarchiser l’humanité; ils sont devenus les nouveaux esclaves dont les vies se noient dans la Méditerranée sous les regards impavides de nombre de dirigeants européens.

Sans un processus de réparations politiques et collectives, ni ne sera rendue l’énergie créatrice et dynamique de cultures violentées ne répondant pas aux injonctions du monde blanc ni ne sera réintroduit le sens de l’altérité et de l’intersubjectivité qui font cruellement défaut à l’humanité.

Tous ces Etats et ceux qui les y ont aidés, de près ou de loin, sont responsables du racisme sous toutes ses formes, et particulièrement de la négrophobie construite à partir de la politique de la race mise en place, dès 1492, avec pour objectif de hiérarchiser l’humanité.

C’est bien, d’une certaine manière, ce qui été affirmé dans la Déclaration de Durban « si le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée ne sont pas combattus par tous, en particulier les autorités publiques et hommes politiques à tous les échelons, leur perpétuation s’en trouve encouragée »[2].  Comment dès lors continuer à se poser en parangons de la démocratie et en défenseurs des droits humains sans jamais remettre en cause la colonialité du pouvoir qui maintient les racisés, les précaires et surtout les racialisés dans une zone de Non Êtres ?

Depuis la conférence internationale de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée[3], la situation des Africains et des Afro-descendants dans le monde ne s’est pas améliorée. Cible facile d’un système qui n’hésite pas à fabriquer des ennemis de l’intérieur lorsqu’il se sent menacé, qui ne trouve rien de mieux que de criminaliser les populations vulnérables lorsqu’il doit prouver son investissement dans la lutte contre le terrorisme dont il a facilité l’émergence, les Afro-descendants et les Africains sont les premiers à payer le prix fort des politiques économiques, sociales, sécuritaires et migratoires des pays anciennement colonisateurs et esclavagistes.

Au Brésil ou aux Etats Unis, chaque jour un jeune noir est tué ; en Colombie, les forces de répression et les paramilitaires qui les assistent font un usage excessif de la force (déplacement forcé, disparition, harcèlement, torture, meurtre..) ; ces méthodes utilisées pendant la guerre civile le furent, même après la signature des accords de paix, lors de la grève générale de 2021 avec pour principales victimes les Afro colombiens ; et l’Europe n’est pas en reste : la mort d’un jeune noir ou arabe est justifiée par la légitime défense.

Dans tous ces pays, les forces de maintien de l’ordre bénéficient de l’impunité au nom de la rhétorique répressive et guerrière de la loi et de l’ordre. Tous ces Etats dominateurs exercent leur colonialité du pouvoir sans aucun état d’âme et entendent bien poursuivre dans cette voie pour assurer le pouvoir de la suprématie blanche sur l’ensemble du monde, au nom d’une démocratie carnassière dont ils ont eux-mêmes définis les contours.

Dans le cadre de l’ONU et de ses nombreuses agences, les Etats peuvent imposer leur loi et leur ordre au prétexte qu’ils participent à son financement[1]. On est dans un système où l’entre soi fait florès ; fonctionnant comme une entreprise privée, les Etats agissent en tant que conseil d’administration et les fonctionnaires de l’ONU deviennent les employés de ce système qui défend prioritairement les intérêts des Etats impérialistes et coloniaux et non ceux du Peuple des Nations et encore moins ceux concernant le droit des peuples à la souveraineté et à l’autodétermination.

Sans oublier qu’au sein même de l’ONU, cette institution n’est pas en reste en ce qui concerne les manifestations de racisme structurel qui touchent de plein fouet les fonctionnaires africains ou afro-descendants ; leur progression, à diplôme et qualification égale, est loin d’être la même. Au point qu’en 2020, l’étude réalisée par United Nations People of African descent a révélé que 52% des 2 857 personnes interrogées avouent avoir été en butte au racisme dans le cadre de leurs relations de travail.

Le rapport de forces est la seule règle et ce qui se passe au niveau du Conseil de sécurité en est une preuve flagrante et honteuse. Il suffit d’analyser la situation de la Palestine sur le plan du droit international et du droit humanitaire international pour comprendre l’impasse structurelle face à laquelle se trouve ce pays ravagé par l’occupation et la colonisation israélienne illégale et abandonné par une communauté internationale lâche, uniquement soucieuse de ses petits intérêts et arrangements maffieux entre amis.

Dans un tel contexte, 20 ans après Durban, que peuvent attendre les Africains et les Afro descendants ? On leur a promis l’émancipation de la colonialité de leur Être, on leur a promis la fin du racisme. 3 décennies contre le racisme plus tard, où en est-on ?  

L’ONU, selon ses habitudes, a masqué ses incompétences, muselée par une communauté internationale qui manie le paradoxe comme d’autres manient le mensonge, tout en se gargarisant des nombreux programmes décidés pour lutter contre la négrophobie.  Entre 2002 et 2021, on n’en compte pas moins de 8[2]

Que penser de toutes ces initiatives qui se sont accélérées depuis l’assassinat de George Floyd ?

Pour positives qu’elles soient, leur mandat, d’un mécanisme à l’autre, se répète peu ou prou. Fleurissent, dans nombre d’entre elles et dans les mandats des différents mécanismes, des mots tels qu’inclusion, vivre ensemble, respect, égalité, reconnaissance, diversité, amelioration, bonnes pratiques… Suffit il de les prononcer, tels des mantra, pour qu’ils agissent sur le réel des victimes du racisme structurel? Depuis plus de 20 ans, ces mots n’ont aucunement changé ou même permis de changer la situation des Personnes d’ascendance africaine, pourtant la communauté internationale s’en gargarise.

Et les Africains et les Personnes d’ascendance africaine continuent de suffoquer!

L’ONU, avec l’objectif de contenter ses bailleurs, réussit la prouesse de ne jamais interroger les raisons fondatrices de ce racisme structurel; elles sont ou contournées ou au mieux abordées du bout des lèvres ou tout simplement ignorées. Il est bien mentionné « d’étudier les problèmes de discrimination raciale rencontrés par les PAD[3] », mais le résultat de ces études est loin d’être pris en compte car il interroge effectivement la responsabilité “(d)es autorités publiques et hommes politiques à tous les échelons, qui, en ne répondant pas à leurs obligations internationales, encouragent la  perpétuation du racisme[4].

Ecouter les victimes du racisme en général, oui, tout en refusant énergiquement de penser la nature de la relation mortifère qu’il y a entre “race, capital et classe” et qui questionne non seulement la relation au monde d’un organisme tel que l’ONU mais aussi la place de l’Humain dans un monde régi par la financiarisation de la vie et le profit au bénéfice de quelques uns. Le hold up de l’humanité, inauguré avec la mise en place de la politique de la race, n’a jamais cessé; il s’est juste revêtu de nouveaux habits dessinés par les droits humains, la démocratie et bien d’autres termes dont le système capitaliste libéral et impérial se gargarise pour se donner bonne conscience.

Ainsi, un des termes que ce système lance à tout va est celui de la ‘reconnaissance’. Il porte en lui autant de paradoxes qu’en portent et l’ONU et les membres de la communauté   internationale lorsqu’ils affirment vouloir en découdre avec le racisme, à comprendre ici dans son acception générique.

Antonio Guterres, lors de la Journée internationale pour les personnes d’ascendance africaine, n’y a t il pas encore une fois fait référence en affirmant qu’ « Il s’agit d’une reconnaissance attendue depuis longtemps des profondes injustices et de la discrimination systémique que les personnes d’ascendance africaine ont endurées pendant des siècles et auxquelles elles continuent de faire face aujourd’hui»[5].

Mais est ce l’Etat qui va reconnaître les victimes du racisme structurel alors que c’est ce même Etat qui fabrique de l’exclusion, de la précarité et l’ensemble des maux éprouvés par les personnes racialisées? De quelle nature est cette reconnaissance qui porte en elle de la vulnérabilité,  de la faiblesse, pour peut que l’on cesse d’être reconnu?

N’est on pas encore une fois face à une injonction paradoxale en s’adressant à cette institution dans l’espoir qu’elle trouve une solution à ce qu’elle-même créee? L’Etat dominant, en tant qu’institution de surplomb, n’admet que l’asymétrie; dès lors, la reconnaissance ne se fera que selon ses termes et en particulier à partir d’une posture de générosité qui attend en retour que la personne ‘reconnue’ fasse preuve d’ardeur pour mériter de sortir de la zone de Non Être à laquelle elle est assignée.

Face à une violence raciale, à une impunité institutionnelle, le corps noir, habité par la quête de sa dignité, s’autorise à sortir de son assignation et à partir à l’assaut de l’Indigne; dès lors la Dignité parle des conditions dans lesquelles l’opprimé va s’engager, porté par la nécessité de s’extraire des conditions indignes qui lui sont imposées, il n’oublie pas que le corps noir s’inscrit dans une relation au monde particulière qui ne peut être obérée comme le voudraient nombre de Droits de l’hommiste.

Leurs droits humains, selon les besoins de l’Etat ou des relations internationales, adoptent une géométrie plus ou moins variable; ainsi en France, des lois liberticides, dont celles contre le terrorisme et contre le séparatisme, redéfinissent les contours de l’égalité, de la liberté de culte et d’expression. Elles sont parfaitement islamophobes. Elles essentialisent une fois de plus les personnes issues de la colonisation et du colonialisme. Mais elles sont justifiées au nom de la démocratie et de l’intérêt de la Nation…

Le racisme structurel occupe, lui aussi, une position de surplomb en investissant tous les espaces de nos sociétés. Le slogan de Black Lives Matter ‘I can’t breath’ est devenu, naturellement, le cri de révolte de tous ceux à qui ce système prédateur, raciste et dominateur, vole la parole.

Les Afro-descendants et les Africains veulent que leur dignité s’exprime à partir d’une justice qui redresse les crimes historiques, à partir d’une réforme foncière reconnaissant aussi bien le Droit coutumier que le droit à la terre, tel que reconnu dans la Convention 169 de l’OIT; ce qu’avaient réalisé tous ceux qui, depuis Durban et même avant, demandent qu’un processus des Réparations collectives et politiques soient pris en charge par les Etats anciennement esclavagistes et colonisateurs.

Les chefs d’Etat réunis lors du premier Afrique/Caraïbes[6] ont porté ces préoccupations; ils savent que la colonialité du pouvoir blanc use de l’oppression et de la soumission pour ne pas perdre sa mainmise sur les terres voles et pour ne pas redessiner le contour du droit.

La lutte contre le racisme racialisant ne dépend ni de la reconnaissance ni de l’antiracisme moral, pas plus que de la représentation dans certains corps électifs ou à certains postes, ou dans les media où sont apparus de nombreux corps noirs à la suite de la mort de George Floyd; elle dépend d’une part d’un engagement dans l’antiracisme politique où est dénoncée la colonialité du pouvoir par l’ensemble des victimes des politiques raciales et coloniales, et d’autre part, dans le cadre de l’ONU, d’un rééquilibrage géopolitique et géostratégique des forces en présence qui permettra entre autres à l’Afrique d’émerger de la “grande nuit”[7] coloniale imposée par les Etats anciennement colonisateurs, par les banques de développement et autres institutions financières internationales, avec l’aide de certains présidents africains, fervents amis de la Modernité euro-centrée.

Cette émancipation de l’Afrique ouvrira le pas à celle des Afro-descendants et des Africains de la diaspora, qui doivent, dès lors, oeuvrer à la mise en perspective d’un rapport de forces afin de peser sur les Etats anciennement colonisateurs pour les obliger à inverser la nature de leur colonialité du pouvoir dans l’ensemble des relations internationales et à l’égard de l’ensemble des personnes racisées et racialisées.

La lutte contre le racisme structurel appelle à la fois exigeance et résistance aussi bien de la part des Afro-descendants et des Africains que des mouvements sociaux et de soutien pour s’opposer à la financiarisation des corps et des relations internationales au nom de la suprématie blanche.   

20 ans après la dignité est toujours à conquérir, mais ni elle ne se donne ni elle se décrète. 

Elle se conquiert. 

Elle reste le futur du continent africain, des Africains et des Afro-descendants de la diaspora, en Amérique du sud ou dans les Caraïbes qui devront mener la mobilisation afin d’obliger les Etats dominants à actionner les structures juridiques internationales pour que les crimes commis, entre 1492 et la fin des Indépendances, soient légitimement et collectivement jugés. Seule possibilité pour tous ceux qui ont été privés de l’accomplissement de leur Être par leur dignité de reprendre place dans une humanité décoloniale ne cherchant « plus à contribuer à la dévalorisation de la réalité humaine[8] »

Mireille Fanon Mendes France

Fondation Frantz Fanon


[1] Selon l’hebdomadaire Jeune Afrique, “plus de la moitié du budget de l’ONU -3,2 milliards de dollars pour 2021- est financée par cinq contributeurs. Les États-Unis, de loin les premiers donateurs, contribuent à eux seuls à 22 % du budget alors qu’ils ne représentent que 7 % des effectifs totaux, soit plus que n’importe quel autre pays. « Celui qui paie, c’est celui qui commande», résume un cadre de l’organisation ». https://www.jeuneafrique.com/1106839/politique/racisme-a-lonu-le-grand-malaise/

[2] 2002 : IGWG, Groupe de travail intergouvernemental sur le suivi de la Déclaration de Durban ; Ce Groupe de travail, l’un des 3 mécanismes assurant le suivi de la Déclaration et du Programme d’action de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, a été créé en application de la résolution 2002/68 de la Commission des droits de l’homme et approuvé par le Conseil économique et social dans sa décision 2002/270 du 25 juillet 2002. Son mandat vise, entre autres, à faire des recommandations en vue de l’application effective de la Déclaration et du Programme d’action de Durban ;  https://www.ohchr.org/FR/Issues/Racism/IntergovWG/Pages/IWGIndex.aspx

2002 : Groupe d’éminents experts indépendants sur la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Durban https://www.ohchr.org/FR/Issues/Racism/Pages/IndependentEminentExperts.aspx

2002 : Groupe de travail d’experts sur la situation des personnes d’ascendance africaine, WGEPAD créé par le Conseil des droits de l’homme en tant que procédure spéciale dont le mandat est renouvelé tous les 3 ans ; https://www.ohchr.org/FR/Issues/Racism/WGAfricanDescent/Pages/WGEPADIndex.aspx  

2011 : Année internationale des PAD ; https://www.un.org/fr/observances/international-years

2015-2024: Décennie Internationale pour les Personnes d’Ascendance Africaine[2] -IDPAD-; 6 ans après, peu d’Etats l’ont inaugurée; nombre d’entre eux l’ont ignorée au prétexte qu’il n’y a pas de racisme; ainsi de la France qui refuse de reconnaître la situation coloniale vécue par les Afro-descendants dans les colonies de sa République; le programme d’activités est loin d’être suivi puisque, à plus de la moitié de la décennie, n’ont été listées que des activités mises en place par les organisations de défense des PAD ; quelques textes de nature fort générale sur l’identité de la décennie Reconnaissance, Développement, Justice. Aucune réflexion sur le racisme structurel et/ou sur la colonialité du pouvoir assurant sa pérennité. https://www.un.org/fr/observances/decade-people-african-descent

2018, en décembre, l’Assemblée générale décide de « créer un forum permanent pour les personnes d’ascendance africaine; il ne sera mis en place que 3 ans plus tard  

2021, à la suite du rapport de la Haut commissaire sur la justice raciale et l’égalité, il a été decide de mettre en place un mécanisme pour étudier le racisme systémique, les violences policières et celles exercées contre des manifestations pacifiques. On peut constater avec cet intitule le caractère généralisant de la problématique! Où a disparu la question du racisme  structurel?

2021 Instauration du Forum international pour les PAD, inscrit dans le cadre du Programme d’Activités de la Décennie

2021 ; 1er septembre, lancement de la Journée internationale des PAD 

[3] mandat du WGEPAD

[4] Chapitre premier ; Documents adoptés par la Conférence ; Déclaration ; Page 4, https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N02/215/44/PDF/N0221544.pdf?OpenElement

[5] L’ONU célèbre la première Journée internationale des personnes d’ascendance africaine https://news.un.org/fr/story/2021/08/1102812

[6] 7/09/2021; https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/premier-sommet-entre-la-caricom-et-l-union-africaine-pour-tisser-de-nouveaux-liens-1098535.html

[7] Expression empruntée à Achille Mbembe qu’il avait utilisait en titre pour son livre Sortir de la grande nuit

[8] Frantz Fanon, Le colonisé en question Le syndrome nord africain, partie 1 ; Pour la révolution africaine ; Ecrits politiques ; Editions Maspero


20 years after Durban: Africans and Afro-descendants still colonized or emancipated?

At the end of the Durban -2001- conference, the international community, many NGOs, social movements and members of what it is agreed, in the UN corridors, to call « civil society », subscribed to the terms of the Durban Declaration and its Program of Action, even if some Western States had left the conference with a crash after having shamefully exploited the supposed anti-Semitism of all the participants. Anti-Semitism coming to deliver, at the right time, the colonial States which refused to discuss further the question of Reparations carried by a number of African States and which should have made it possible to close the sequence concerning the impunity enjoyed by all those who committed or allowed to be committed, in the name of Modernity and white supremacy, crimes against humanity and genocide.

The coloniality of power was then expressed in its most infamous aspects to muzzle a voice that had finally understood that after 3 decades against racism; it also had to perpetuate the invisibilization and to silence the victims of negrophobia and Islamophobia, or at least leave them a word circumscribed by the perimeter of human rights as thought by this coloniality of power which defines that of Beings. Not content with having more or less successful in their attempt, these same States, on the pretext Durban 2001, its Declaration and Program of action is a toxic process, as one State representative said during the open dialogue on the International Forum for Person of African descent, reiterate their opposition to the 20th anniversary of the Durban Conference which was celebrated at the United Nations General Assembly September, 22.

It is indeed a question of reparations linked to the transatlantic slave trade, to enslavement, colonization and colonialism which followed the human catastrophe both on the metaphysical and demographic level inaugurated by the Discoveries.

We are talking about an action that has moved, for more than 4 centuries, more than 12 million people and has been played on 4 continents. Colonial action which ensured the perpetuation of the euro-centered model which concluded in the supremacy of white bodies over Black and Arab bodies; who sold and enslaved the black bodies, considered as movables, because of the color of their skin and the natives bodies for their supposed lack of soul.

This process deeply structured the predatory capitalist system by allowing it to enrich itself on the unlimited exploitation of millions and millions of people deprived of their humanity and their dignity, but also on the theft of land and looting. of the natural resources of the Americas and the Caribbean which have allowed “the well-being and progress of Europe (…) built with the sweat and the corpses of Negroes, Arabs, Indians and Yellows. We decide not to forget it [1]”.

These crimes continue to be the hallmark of the majority of former colonizing and slave states; it doesn’t matter if some people say otherwise, apologize or affirm to be willing to return some stolen art. The way in which migrants are treated marks the permanence of the elements of the colonial power that governed the white power in its decision to prioritize humanity; the way in which migrants are treated marks the permanence of the elements of the colonial power that governed the white power in its decision to hierarchize humanity; migrants have become the new slaves whose lives are drowning in the Mediterranean under the fearless gaze of many European leaders.

Without a process of political and collective reparations, neither will the creative and dynamic energy of violated cultures that do not respond to the injunctions of the white world be restored nor will the sense of otherness and intersubjectivity, which humanity is sorely lacking, be reintroduced.

All these states and those who have helped them, from near or far, are responsible for racism in all its forms, and particularly for negrophobia built on the basis of the race policy put in place in 1492, with the aim of to prioritize humanity.

This is, in a way, what was affirmed in the Durban Declaration « if racism, racial discrimination, xenophobia and related intolerance are not fought by everyone, in particular the authorities. public and politicians at all levels, their perpetuation is encouraged[2]. How then to continue to pose as paragons of democracy and defenders of human rights without ever questioning the coloniality of power which maintains the “racisés”, the precarious and especially the racialized in a zone of Non-Beings?

Since the Durban International Conference against Racism, Racial Discrimination, Xenophobia and Related Intolerance[3], the situation of Africans and Afro-descendants around the world has not improved. Easy target of a system which does not hesitate to make enemies from within when it feels threatened, which finds nothing better than to criminalize vulnerable populations when it has to prove its investment in the fight against terrorism whose emergence it facilitated, Afro descendants and Africans are the first to pay the high price for the economic, social, security and migration policies of former colonizing and slave countries.

In Brazil or in the United States, every day a young black is killed; in Colombia, the forces of repression and the paramilitaries who assist them use excessive force (forced displacement, disappearance, harassment, torture, murder, etc.); these methods used during the civil war were used, even after the signing of the peace agreements, during the general strike of 2021 with Afro Colombians as main victims; and Europe is not to be outdone: the death of a young black or Arab is justified by self-defense.

In all of these countries, law enforcement forces enjoy impunity in the name of repressive and warlike rhetoric of law and order. All these dominating states exercise their coloniality of power without any state of mind and intend to pursue this path to ensure the power of white supremacy over the whole world, in the name of a carnivorous democracy of which they themselves have defined the contours.

Within the framework of the UN and its many agencies, states can impose their law and order on the pretext that they participate in its financing[4]. We are in a system where the between oneself is flourishing; functioning as a private enterprise, states act as a board of directors and UN staff become employees of this system which primarily defends the interests of imperialist and colonial states and not those of the People of Nations and even less those concerning the right of peoples to sovereignty and self-determination.

Without forgetting that within the United Nations itself, this institution is not left out when it comes to manifestations of structural racism that hit African and Afro-descendant officer; their progression, with the same diploma and qualification, is far from being the same. So much so that in 2020, the study carried out by the United Nations People of African Descent[5] revealed that 52% of the 2,857 people questioned admitted to having been targeted for racism in their working relationships.

The balance of power is the only rule and what is happening at the level of the Security Council is flagrant and shameful proof of this. It suffices to analyze the situation of Palestine, in terms of international law and international humanitarian law, to understand the structural impasse facing this country devastated by occupation and illegal Israeli colonization and abandoned by an international community cowardly, only concerned about its small interests and Mafia arrangements between friends.

In such a context, 20 years after Durban, what can Africans and Afro descendants expect? They were promised emancipation from the coloniality of their Being, they were promised the end of racism. 3 decades against racism later, where are we?

The UN, as usual, has masked its incompetence, muzzled by an international community that handles paradox as others handle lies, while lauding the many programs decided to fight against negrophobia. Between 2002 and 2021, there are no less than 8[6]. What to think of all these initiatives that have accelerated since the assassination of George Floyd? However positive they may be, their mandate, from one mechanism to another, is repeated more or less. In many of them and in the mandates of the different mechanisms, words such inclusion, living together, respect, equality, recognition, diversity, improvement, good practices …Is it enough to pronounce them, like mantras, to change the reality of victims of structural racism? For more than 20 years, these words have not changed or even helped to change the situation of people of African descent, yetthe international community is raving about it.

And Africans and People of African Descent continue to suffocate!

The UN, with the objective of satisfying its donors, achieves the feat of never questioning the fundamental reasons for this structural racism; they are either circumvented or at best approached lip service or quite simply ignored. It is well mentioned “to study the problems of racial discrimination encountered by the PADs[7]”, but the result of these studies is far from being taken into account because it effectively questions the responsibility “(of) the public authorities and politicians to all levels, which, by failing to meet their international obligations, encourage the perpetuation of racism[8].

Listen to the victims of racism in general, yes, while energetically refusing to think about the nature of the deadly relationship that there is between “race, capital and class” and which not only questions the relationship to the world of an organism such as the UN but also the place of the Human in a world governed by the financialization of life and profit for the benefit of a few. The hold-up of humanity, inaugurated with the establishment of the race policy, has never ceased; it just put on new clothes drawn by human rights, democracy and many other terms that the liberal and imperial capitalist system praises to clear its conscience.

So, one of the terms that this system is throwing around is “recognition”. It carries with it as many paradoxes as both the UN and members of the international community carry when they affirm to be ready to end racism.

Antonio Guterres, during the International Day for People of African Descent, has he not once again referred to this by saying that “This is a long overdue recognition of the deep injustices and the systemic discrimination that people of African descent have endured for centuries and continue to face today[9]”.

But is it the State that will recognize the victims of structural racism while it is this same State that fabricates structural racism? What is the nature of this recognition which carries with its vulnerability, weakness, so that we can cease to be recognized?

Are we not once again facing a paradoxical injunction by addressing this institution in the hope that it will find a solution to what it has created itself? The dominant state, as an overarching institution, admits only asymmetry; therefore, recognition will only take place according to its terms and in particular from a posture of generosity which in return awaits the ‘recognized’ person deserving to leave the zone of Non-Being to which it is assigned.

Faced with racial violence, with institutional impunity, the black body, inhabited by the quest for his dignity, allows himself to come out of his assignment and to question the Unworthy; therefore Dignity speaks of the conditions in which the oppressed will engage, carried by the need to extract himself from the unworthy conditions imposed on him, he does not forget that the black body is part of a relationship to the world particular which cannot be obstructed as certain Human Rights defenders would like.

Structural racism also occupied a leading position by invading all areas of our societies. Black Lives Matter’s slogan “I can’’ breathe” becomes the cry of revolt of all those to whom the speech is stolen from the predatory, racist and domineering system.

Afro-descendants and Africans want their dignity to be expressed through justice that corrects historic crimes, through land reform recognizing both customary law and the right to land, as recognized in ILO Convention 169; what had been achieved by all those who, since Durban and even before, demand that a process of collective and political reparations be taken in charge by the former slave and colonizing states.

The heads of State gathered at the first Africa/Caribbean Forum[10] raised these concerns; they are aware, by experience, that the coloniality of white power uses oppression and submission so as not to lose hand on stolen lands and on natural resources and so that the euro-centric philosophy of human rights put in place by white thought is never challenged .

The fight against racializing racism does not depend on recognition or moral anti-racism, nor on representation in certain elective bodies or in certain positions, or in the media where many black bodies have appeared as a result of the death of George Floyd; it depends, on the one hand, on a commitment to political anti-racism in which the coloniality of power is denounced by all the victims of racial and colonial policies, and on the other hand, within the framework of the UN, on a geopolitical and geostrategic rebalancing of the forces present which will allow Africa, among other things, to emerge from the colonial “dark night[11]” imposed by the former colonizing States, by the development banks and other international financial institutions, with the help of certain African presidents, fervent friends of Euro-centric Modernity.

This emancipation of Africa will pave the way for that of Afro-descendants and Africans in the diaspora, who must therefore work to put in perspective a balance of power in order to weigh on the former colonizing States for force them to reverse the nature of their coloniality of power in all international relations and with respect to all “racisés[12]” and racialized people.

The fight against structural racism calls for both demand and resistance both from Afro-descendants and Africans as well as from social and support movements to oppose the financialization of bodies and international relations and to stand up against the White supremacy.

20 years later, dignity is still to be won, but neither it is given nor it is decreed.

It has to be conquered as part of a decolonial political project drawn up by the first concerned with the support of their friends.

It remains the future of the African continent, of Africans and Afro-descendants of the diaspora, in South America, in the Caribbean who will have to lead the mobilization in order to force the dominant States to activate the international legal structures so that the crimes committed, between 1492 and the end of the Independence, are legitimately and collectively judged. The only possibility for all those who have been deprived of the fulfillment of their Being by their dignity to resume their place in a decolonial humanity no longer seeking « to contribute to the devaluation of human reality[13]« 

Mireille Fanon Mendes France

Frantz Fanon Foundation


[1] Frantz Fanon, Wretched of the earth,,1961 ; Editions Maspero

[2] First Chapter;  Deeclaration ; Page 4, https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N02/215/44/PDF/N0221544.pdf?OpenElement

[3] From august 31 to september 8/2001

[4] https://www.jeuneafrique.com/1106839/politique/racisme-a-lonu-le-grand-malaise/

[5] https://unric.org/fr/de-hauts-fonctionnaires-dorigine-africaine-sindignent-face-au-racisme-generalise/

[6] • 2002: IGWG, Intergovernmental Working Group on the follow-up to the Durban Declaration; This Working Group, one of the 3 mechanisms ensuring the follow-up to the Declaration and Program of Action of the World Conference against Racism, Racial Discrimination, Xenophobia and Related Intolerance, was created in implementation of resolution 2002/68 of the Commission on Human Rights and approved by the Economic and Social Council in its decision 2002/270 of 25 July 2002. Its mandate aims, inter alia, to make recommendations for the effective implementation of the Durban Declaration and Program of Action; https://www.ohchr.org/FR/Issues/Racism/IntergovWG/Pages/IWGIndex.aspx

• 2002: Panel of Eminent Independent Experts on the Implementation of the Durban Declaration and Program of Action https://www.ohchr.org/EN/Issues/Racism/Pages/IndependentEminentExperts.aspx

• 2002: Expert Working Group on the Situation of People of African Descent, WGEPAD established by the Human Rights Council as a special procedure whose mandate is renewed every 3 years; https://www.ohchr.org/FR/Issues/Racism/WGAfricanDescent/Pages/WGEPADIndex.aspx

• 2011: International Year of PADs; https://www.un.org/fr/observances/international-years

• 2015-2024: International Decade for People of African Descent -IDPAD-; 6 years later, few states have inaugurated it; many of them ignored it on the pretext that there is no racism; thus of France which refuses to recognize the colonial situation lived by the Afro-descendants in the colonies of its Republic; the program of activities is far from being followed since, more than halfway through the decade, only activities put in place by the organizations for the defense of PADs have been listed; some texts of a very general nature on the identity of the Recognition, Development, Justice decade. No reflection on structural racism and / or on the coloniality of power ensuring its sustainability. https://www.un.org/fr/observances/decade-people-african-descent

• 2018, in December, the General Assembly decides to « create a permanent forum for people of African descent; it will not be implemented until 3 years later

• 2021, following the report of the High Commissioner on Racial Justice and Equality, it was decided to set up a mechanism to study systemic racism, police violence and violence against peaceful protests. We can see with this title the generalizing nature of the problem! Where has the question of structural racism gone?

• 2021 Establishment of the International Forum for PADs, part of the Decade Program of Activities

• 2021; September 1, launch of International PAD Day

[7] WGEPAD mandate

[8] See note 2

[9] https://news.un.org/fr/story/2021/08/1102812

[10] 7/09/2021; https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/premier-sommet-entre-la-caricom-et-l-union-africaine-pour-tisser-de-nouveaux-liens-1098535.html

[11] Expression borrowed from Achille Mbembe; Out of the dark night; Columbia University press, 2021

[12] In English does not seem to point out the difference between ‘racisés’, a generic term for all forms of racism and racialized, a term specifying that it is, in this case, only race.

[13] Frantz Fanon, The colonized in question The North African syndrome, part 1; For the African revolution; Political writings; Maspero Editions

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