Hacèlement judiciare contre Omar ALSOUMI, cofondateur et porte parole du collectif Urgence PALESTINE

6 mai 2026

10e chambre, Tribunal de Paris 

La Fondation Frantz Fanon a assisté, le 6 mai dernier, à l’audience de mise en état -l’instruction étant terminée, l’affaire pourra être plaidée sur le fond le 7 décembre prochain- devant la 10e Chambre du tribunal de Paris, dans la procédure contre Omar Alsoumi, poursuivi pour apologie de terrorisme et refus de communiquer le code de son téléphone et de répondre à certaines questions, fait étant considéré, selon les détenteurs de l’ordre judiciaire, comme une entrave à l’action de la justice.

Ce qui est à retenir de cette audience, c’est la façon dont ont été présentés un certain nombre d’éléments favorisant une représentation totalement subjective et biaisée de Omar Alsoumi ; cela ne s’est pas fait par des affirmations frontales mais par des insinuations montrant le parti-pris d’une justice à charge voulant à tout prix œuvrer pour une certaine idée de la loi et de l’ordre, peu importe si au passage la liberté d’expression, la solidarité et surtout le droit international sont bafoués. Il faut montrer son allégeance aux intérêts coloniaux français et israéliens.  

Les tentatives de construire l’image d’un homme « terroriste » seront à l’œuvre.  Plusieurs fois a été rappelé l’interdiction du port d’armes. Cette remarque est plus qu’étrange, d’une part, parce que le port d’armes, dans l’espace public, est interdit en France depuis 1939 et d’autre part, parce qu’aucune arme n’a été trouvée au domicile d’Omar. Quel lien entre Omar et les armes ? Que vise cette injonction ? A construire l’image d’un citoyen potentiellement dangereux ? A installer dans l’espace public la conviction que toute personne défendant l’autodétermination et la souveraineté nationale et politique de la Palestine met en danger l’ordre public et pire pourrait commettre des actes terroristes ?

Cela vise aussi à conforter l’idée que la résistance palestinienne pour ses droits inaliénables constitue un acte d’agression ; ainsi la charge de la preuve est inversée ; le bourreau devient victime. Il n’y a pas loin à penser que nombre d’Etats trouvent illégitime la résistance du peuple palestinien, au point d’ailleurs que le génocide en cours a longtemps été silencé, rendu invisible par ces mêmes Etats. Il aura fallu un nombre humainement incommensurable de victimes pour qu’ils ouvrent enfin, un peu, les yeux. En ce qui concerne la France, l’Etat préfère surfer, aidé tout à la fois par les media mainstream, par une droite décomplexée et par une partie non négligeable de la gauche, sur un narratif à charge contre les Palestiniens et tous leurs soutiens, au point d’affirmer que l’Intifada a quasiment envahi les rues françaises. Pur phantasme soutenu par la colonialité du pouvoir marquée par un racisme institutionnel et une islamophobie bien réelle.

Omar est inscrit sur le fichier des personnes recherchées au cas où il lui viendrait l’envie de s’enfuir. Il lui a été demandé de confirmer qu’il n’avait qu’un seul passeport, le français ; la juge est revenue plusieurs fois sur ce point. En parcourant ses notes, elle découvre qu’il a aussi la nationalité jordanienne. « Avez-vous un passeport jordanien ? », cette question abrupte ne sert qu’à introduire l’idée qu’il pourrait avoir omis volontairement de le mentionner. Le ton n’est pas neutre. Ce semblant d’objectivité ne masque pas, une fois encore, le biais de la subjectivité de l’ordre colonial.

Une demande d’expertise psychiatrique a été formulée au prétexte qu’Omar aurait des difficultés avec les démarches administratives. Un soutien « social » est proposé. Heureusement, ce ne sera pas retenu. Mais on comprend l’objectif d’une telle demande : renforcer un contrôle social sur l’ensemble des domaines de sa vie ; en un mot le contraindre, l’asphyxier pour mieux réduire son espace de vie. L’Etat n’a pas de limite dans l’exercice de la contrainte par la violence.

Les associations, partie civile dans ce procès -CHAR (Contre la Haine, l’Antisémitisme, le Racisme), BNVCA, LICRA, OJF (observatoire juif de France) – demandent à l’unisson un contrôle judiciaire strict au prétexte de ses deux nationalités. Les parties civiles laisseraient elles entendre que Omar voudrait fuir ? On perçoit le poids du narratif porté par les pays s’affirmant du côté de l’axe du bien ; la référence à la Jordanie provoque, sans qu’il soit nécessaire de l’expliquer, un amalgame délétère entre pays arabe, religion musulmane, ennemi de l’Etat d’Israël et base terroriste. Par ailleurs, à la demande d’allégement du contrôle, les parties civiles en appellent à ne rien changer ; il faudrait au contraire limiter ses déplacements, entre autres parce que les rencontres organisées pour la promotion de son livre « Enfant de Palestine » ne servent qu’à « propager des discours de haine ». Elles rappellent que c’est à Omar de s’adapter aux exigences judiciaires. Ce qu’il fait consciencieusement depuis déjà six mois.

A l’issue de cette audience de mise en état, Omar voit son contrôle judiciaire allégé ; il ne devra pointer au commissariat de sa commune de résidence qu’une fois par mois au lieu de deux.

Au-delà de ce procès, il faut souligner que l’Etat français, pour justifier les violations internationales dont il se rend coupable, entre autres en favorisant le survol de son espace aérien par l’avion présidentiel israélien alors qu’il y a un mandat d’amener émis par la Cour pénale internationale à l’encontre du premier ministre, mais aussi en vendant des armes et des éléments technologiques à ce même Etat, mène une politique parfaitement coloniale en étant un soutien actif à un Etat génocidaire. Il ne défend ni le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ni celui à assumer leur souveraineté et de fait, il transgresse son obligation à respecter la responsabilité internationale des Etats en aidant à la commission d’actes illicites violant les droits humains qui visent ni plus ni moins à effacer un peuple entier.

Sur le sol français, l’Etat a décidé de pourchasser toute personne exprimant, avec amour et rage, son engagement solidaire avec la Palestine et le peuple palestinien sous domination coloniale, victime des politiques de l’apartheid qui, depuis plus de 78 ans, lutte pour son indépendance, pour ses terres, pour sa culture et contre sa mutilation. Ainsi, la justice, dans les nombreux procès à venir concernant l’expression politique de la solidarité avec la Palestine, prête son bras afin d’intimider et de réprimer toute manifestation de solidarité et de fraternité politiques avec un peuple génocidé et étouffé par une colonisation d’une violence telle que les mots peinent à la décrire.

Devrions-nous, ensemble et individuellement, regarder les massacres, à grande échelle, se perpétrer sous nos yeux et détourner nos regards ? Devrions-nous participer à l’effondrement de la Palestine en nous taisant ? Nous serions alors des monstres. Et nous refusons, de toutes nos voix, pour l’humain, à être du côté des monstres.

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