La curée islamophobe du Sénat Français/The Islamophobic rush of the French Senate

English version below

Le Sénat français se livre depuis plus d’une semaine à une véritable curée islamophobe. Les sénateurs ont multiplié les propositions d’amendements à la loi dite « confortant le respect des principes de la République » afin d’interdire la pratique ou l’expression de l’islam à l’université, dans le sport, voire dans tout l’espace public.

Dans leur surenchère, les sénateurs ont notamment adopté un amendement permettant de dissoudre les associations organisant des réunions non-mixtes racisées. En attaquant l’organisation en non-mixité raciale, les sénateurs prétendent, en plus de l’arsenal légal visant l’organisation et l’expression des musulmans, y ajouter la possibilité d’interdire une forme d’organisation historique des luttes noires. Le droit de se réunir, de s’associer, de s’organiser pour soi, par soi est un droit fondamental qui n’est refusé qu’à ceux dont on veut anéantir l’existence politique.

Cette provocation, au-delà de son surnom « amendement UNEF » vise l’ensemble des organisations antiracistes politiques, en ciblant un de leurs modes particulier d’action et d’organisation. Certains ont attendu qu’un syndicat de gauche soit attaqué pour découvrir les périls ouverts par cette loi raciste adoptée avec la complicité ou l’indifférence de la majorité de la classe politique. Visant l’organisation des musulmans, dont la répression et les résistances sont rendues invisibles aux yeux de la communauté majoritaire, cette loi vient menacer les libertés d’organisation de l’ensemble du mouvement décolonial, et du mouvement social avec lui.

L’État français n’a jamais cessé d’être un État colonial. En traitant pour des raisons illégitimes une population vivant sur son territoire comme un ennemi de l’intérieur, il applique le même paradigme que celui à l’œuvre en Algérie, lorsque l’armée coloniale obligeait les femmes musulmanes à se dévoiler. Demande-t-on une telle soumission aux autres religions ? Cet abcès colonial né de l’histoire de la France structure sa relation avec l’ensemble de ses sujets postcoloniaux.

La loi « confortant le respect des principes de la République » est une menace grave pour les libertés fondamentales, et ses mesures touchent toutes les libertés publiques. Elle inscrit dans une perspective sécuritaire raciste les personnes de confession musulmane, en jetant sur elles une suspicion généralisée. Les amendements délirants des sénateurs, peu importe s’ils sont finalement rejetés, démontrent que la radicalisation n’est pas du côté de ceux que l’on veut exclure, mais de ceux qui sont censés garantir l’État de Droit. Cette surenchère témoigne de la dangerosité du cadre premier de la Loi qui les rend possibles.

Avec cette loi et la Loi Sécurité Globale, ce ne sont plus seulement les musulmans qui sont soumis à une surveillance généralisée, mais également des associations et des membres du mouvement social. La Fondation Frantz Fanon rappelle à ces derniers qu’ils ne devraient pas attendre d’être explicitement ciblés pour réagir, et qu’ils devraient surtout soutenir les premières cibles de ces lois racistes et liberticides.

Contre l’arbitraire légalisé de ces lois, contre l’indignité dans laquelle le gouvernement français se vautre en voulant y entrainer l’ensemble de la société française, la Fondation Frantz Fanon appelle à persévérer dans nos résistances, à unir nos forces et à porter, en France comme à l’international, le combat contre le racisme structurel.

Fondation Frantz Fanon


The Islamophobic rush of the French Senate

The French Senate has been engaged for more than a week in a real islamophobic rush. The senators have multiplied the proposals of amendments to the law « for the reinforcement of the principles of the Republic », calling for the prohibition of the practice or the expression of Islam in the universities, in sports, even in all the public space.

In their bid to outdo each other, the senators adopted an amendment allowing for the dissolution of associations organizing racially non-mixed meetings. By attacking racially non-mixed forms of organization, the senators are adding to the legal arsenal targeting Muslim organizing and expression the possibility of banning a historic form of organizing in Black struggles. The right to assemble, to associate, to organize for oneself, by oneself, is a fundamental right that is denied only to those whose political existence is being fought and negated.

This provocation, beyond its nickname « UNEF amendment », is aimed at all political anti-racist organizations, by targeting one of their particular modes of action and organization. Some have waited for a left-wing union to be attacked to discover the perils opened up by this racist law adopted with the complicity or indifference of the majority of the political class. Targeting the organization of Muslims, whose repression and resistance are made invisible to the majority community, this law threatens the organizational freedoms of the entire decolonial movement, and the social movement with it.

The French state has never ceased to be a colonial state. By treating for illegitimate reasons a population living on its territory as an enemy of the interior, it applies the same paradigm as the one at work in Algeria, when the colonial army forced Muslim women to unveil themselves. Is such submission required of other religions? This colonial abscess born of France’s history structures its relationship with all of its post-colonial subjects.

The law « reinforcing the respect of the principles of the Republic » is a serious threat to fundamental freedoms, and its measures are affecting all public freedoms. It inscribes muslims in a racist security perspective, by throwing on them a generalized suspicion. The delirious amendments of the senators, no matter if they are finally rejected, show that radicalization is not on the side of those who are excluded, but on the side of those who are supposed to guarantee the Rule of Law. This overbidding testifies to the dangers of the primary framework of the Law that makes them possible.

With this law and the Global Security Law, it is no longer only Muslims who are subjected to generalized surveillance, but also associations and members of the social movement. The Frantz Fanon Foundation reminds the latter that they should not wait to be explicitly targeted to react, and that they should especially support the first targets of these racist and liberticidal laws.

Against the legalized arbitrariness of these laws, against the indignity in which the French government is wallowing by wanting to drag the whole of French society into it, the Frantz Fanon Foundation calls on us to persevere in our resistance, to unite our forces and to carry on the fight against structural racism, both in France and internationally.

Frantz Fanon Foundation

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